Eloge de la lenteur

Tout va trop vite, beaucoup trop vite. Le temps est devenu une denrée rare et “prendre son temps” apparaît pour beaucoup comme un luxe. Le sociologue allemand Harmut Rosa, dans son dernier livre, pose le problème : comment dépister la logique secrète du paradoxe que chacun vit quotidiennement grâce au progrès des technologies : nous n’avons pas le temps alors même que nous en gagnons toujours plus ? Ce constat, nous sommes nombreux à l’éprouver chaque jour.

Or, le temps est l’espace où les sens prennent vie. Sans un répit nécessaire, sans un rythme devenu apaisé, lorsque le culte de l’urgence prend le dessus et que nous nous laissons dicter nos faits et gestes, d’une manière consciente ou non, il devient difficile sinon impossible d’exercer nos sens. L’accélération du temps désintègre l’idée même du hic et nunc, ce ici et maintenant indispensable au bien être de chacun en tant qu’il est source de réflexions, de rêveries, de repos, d’expérimentation des sens. Il convient alors de sortir du tourbillon ; en ce qui me concerne, c’est par le biais de la photographie que je tente d’y arriver.

Pour obtenir une belle photo du temps qui passe sans pour autant montrer les dégradations inévitables qu’il implique, il suffit de bien choisir son sujet, de préparer son cadre, et d’attendre avant de déclencher. Et dans cette attente, savourer les couleurs, les sons, les odeurs. Attendre, parfois longtemps, les bons nuages, le bon rayon de soleil, la bonne vague. Quand ces acteurs jouent bien leur rôle, l’obturateur reste ouvert de longues secondes et les nuages filent dans le cadre, la mer devient lisse ou brumeuse.

Le temps passe, il est pris, il est ici et maintenant.

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